Un vieux couple
Dans la petite cuisine où les casseroles ont plus de mémoire que les habitants, Jaquette mijote son plat du jour, un ragoût qui sent bon la patience et les secrets de grand-mère.
Le gaz ronronne, la cuillère tourne, et Loulou — chauve comme un œuf dur oublié dans l’eau — tourbillonne autour d’elle en prodiguant des conseils qu’il n’applique jamais. Il ne sait même pas faire cuire un œuf !
« Va promener Houhou, tu m’agaces ! » lance Jaquette excédée.
Houhou, lui, frétille déjà : un vrai loulou de Poméranie, frisé comme un dimanche de fête.
Loulou part donc, le chien en laisse, l’air important.
Jaquette , enfin seule, débouche le blanc sec pour la cuisson .
Une lampée pour vérifier le bouchon… une autre pour vérifier la première… et une troisième pour vérifier qu’elle avait bien vérifié.
A l’horloge ancestrale, Midi sonne
Pas de Loulou.
Quatorze heures. Toujours rien.
Seize heures. Le ragoût est cuit, recuit, et Lolette… un peu cuite aussi.
Quand soudain, une sirène retentit dans la cour pavée.
Deux gendarmes encadrent un Loulou hilare, titubant, un Houhou zigzaguant à ses pieds comme un bouchon sur le Gier
On dirait un trio sorti d’un bal masqué raté.
Que s’est-il passé ?
Loulou a rencontré de vieux potes au village et ils ont refait le monde à grands coups de
« à la tienne !»
Les gentes pandores éloignés, Jaquette et Loulou s’affalent chacun dans leur fauteuil élimé, l’estomac vide mais la vessie bien remplie.
Et Houhou ?
Ah, Houhou… Le petit filou a grimpé sur la gazinière et dévoré avec une joie féroce le ragoût si longuement mijoté.
Il lève la tête, moustaches grasses, regard triomphant.
Dans la maison, il n’y a plus que lui pour être vraiment rassasié.
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