Le veilleur de nuit
Léon, veilleur de nuit chez TISSETOUT, attaque sa garde avec l’enthousiasme d’un escargot sous calmants.
Sa cambuse est un chef d’œuvre de minimalisme: un lit de camp grinçant, une chaise bancale, un ordinateur poussif… et, sur la table de nuit, une bouteille de whisky qui n’a rien à faire là. Interdite, certes, mais Léon a depuis longtemps décidé que certaines règles étaient purement décoratives.
Entre deux gorgées philosophiques, il jette un œil à son écran de contrôle. Rien. Le néant. Le calme plat des nuits d’usine.
Jusqu’à ce que… GROUÏK SCRITCH PLOP.
Un bruit étrange, venu de la salle de tissage n°4. Rien à voir avec le ronronnement régulier des métiers mécaniques.
Léon fronce les sourcils : Bizarre, bizarre… On dirait un film d’horreur à petit budget.
Il se lève, enfile sa parka, et sort affronter la cour. Les flocons de neige tombent dru, transformant chaque pas en glissade artistique.
Il avance comme un pingouin prudent, pestant contre la météo, le destin, et les bruits suspects.
Arrivé dans l’atelier, il défile devant les métiers à tisser comme un général inspectant ses troupes. Il scrute, renifle presque, écoute… Rien. Tout tourne comme une horloge suisse. Pas un fil de travers.
Soulagé, il tourne les talons pour regagner sa cellule chauffée au whisky. Et c’est là que le destin, farceur professionnel, frappe.
FLAP PLOUF CRAC !
Léon s’étale de tout son long. Il vient de glisser sur… un rat. Un rat raide mort, étendu comme une carpette, victime probable d’une canette mal placée ou d’une balade imprudente sur une trame fraîchement huilée. Le ventre flasque de la bête a fait office de peau de banane.!
Léon, groggy, se redresse tant bien que mal. Son œil commence déjà à virer au violet artistique.
Le fauteur de trouble, c’était donc ce rat imprudent, pas un fantôme textile.
Et Léon, lui, y gagne un œil au beurre noir… et une solide raison d’éviter le whisky pendant le service. Enfin… peut être.
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